vendredi 29 janvier 2010

CATHARSIS DE LA RUMBA

Avant-propos:


Peut-être vous rappelez-vous de mon rêve bleu et de ce prince Mauresque qui m'avait arrachée à la morosité de mon cœur blasé et grisé en ce début de mois de décembre 2009...
Et bien il semblerait que je me sois trompée et que le cadeau fut bien avec double fond puisque j'ai par la suite "cyber-rencontré" le Sultan, papa du prince, que je nommasse familièrement en peu de temps l'3ammi Mo'.
Je vous vois venir avec vos grand chevaux ; c'est quoi encore cette excentricité de la gitAnne de nous mettre des chiffres avec les lettres, elles se croit dans un jeux télévisé dépassé ou quoi?! Non non, point du tout! Et pour votre gouverne "l'3ammi" signifie "oncle" en arabe et je trouve ce quolibet absolument génial dans le sens oú il mélange subtilement complicité avunculaire et amicale! Oui je me la raconte j'ai appris un nouveau mot qui brille : avunculaire = d'un oncle ou d'une tante!
Bref, père d'un ami, oncle de substitution, vieux "Sainge" (contraction de sage et singe bien sûr!) je ne saurais comment le décrire...
Si je parodiais le souvenir des paroles de son petit je dirais : "un philosophe sage et romantique qui remonte ses pantalons jusqu'au nombril, qui a un souverain mépris pour l'argent et qui, il fut un temps, réinventait l'agriculture dans le sud du portugal"!

Si je faisais un pot-pourri des éléments de réponse que j'ai obtenus de ci de là :

Sociologue de formation, au moins hexalingue, compétent en enseignement, conseil, et gestion, agriculture, agroalimentaire, défense des consommateurs, économie littorale, développement de la société civile, et sciences humaine, amoureux de lecture, écriture, gastronomie, et sports nautiques.

Fiouuuuuuu!

Et si enfin je devais utiliser mes mots et mon ressenti je dirais:

Grand prof fou au QI surdimensionné, source intarrissable de savoir et maître d'écriture, dûr et exigeant, insatisfait perpétuel, mais terriblement attendrissant quant à sa faiblesse totale et béate pour les bouclettes des poupées blondes ou brunes de moins de 7 ans...
Tous ces éloges pour dire que ce grand Monsieur m'a fait l'honneur de me lancer un défi, et pas des moindres : écrire à sa suite un article sur ma vision de la danse pour être publiée sous son aile, sur SON espace, SON blog et ainsi soumettre pour la première fois mes écrits à un public inconnu et averti...




CATHARSIS DE LA RUMBA


« Bailan desnudos tus antiguos hombros, bailan desnudos tus combados brazos, bailan desnudas tus caderas largas, tu grácil vientre, y tus preciosas piernas » Bahía del ritmo y de la gracia, Rafael Alberti.


Citation chinée au “Museo del baile Flamenco” de Séville.


Gymnaste de 5 à 15 ans, j’étais une « ratée de la danse classique » et jusqu’à l’âge de 20 ans j’ai cru que je ne serais jamais capable de mettre un pied devant l’autre ailleurs que sur la poutre. Puis un jour, le duende, – ce gitan ! – m’a ensorcelée, c’était à Paris, je prenais des cours de flamenco dans une salle oubliée du 18ème arrondissement avec une prof Sicilienne, ma mère artistique, ôh Maria ! Dans ce cours j’y ai rencontré Laetitia, une jeune femme aux longs cheveux bruns, aux yeux verts et au cœur chaud. Chaque mardi soir elle me répétait inlassablement « vendredi soir je vais danser la salsa, tu viens ? », chaque mardi soir je répondais d’un mouvement de tête négatif agrémenté parfois d’un « mais je ne sais pas danser ». Elle fut imperturbable pendant 2 mois en ajoutant souvent « moi non plus je ne sais pas danser, mais tu vas voir, c’est facile, il suffit d’y aller ! ». J’ai fini par y aller, avec la ferme intention de me cacher ! Et puis la salsa m’a piquée, une seule injection a suffit à me rendre dépendante, complètement accro, je ne suis pas passée par la case départ, je n’ai point cherché le mode d’emploi.


Je crois que j’aimerais beaucoup dédicacer ce qui suit à ces deux femmes qui m’ont offert du bonheur à perpet’.


Ci-dessous une vidéo de Maria...


L’Appel

Je me baladais – sur l’avenue, le cœur ouvert, à l’inconnu – oh, pardon… !

Je me baladais donc, dans le Parc Güell de Barcelone, un endroit rempli de magie où chaque seconde qui passe nous donne l’impression de s’élever de plus en plus haut sur un nuage de chantilly recouvert d’un filet de miel. Serait-ce pour l’architecture ronde et généreuse de Gaudi et les rayons de soleil qui nous faisaient grâce d’apparitions tièdes et furtives ce jour là ?

J’avais le cœur léger, l’air était frais mais réconfortant, la sérénité m’ouvrait tout grand ses bras dans les hauteurs verdoyantes du parc.

Soudain, au détour d’une ronde de colonnes dont l’ombre au sol semblait dessiner les lignes d’une piste de course Olympique, mon cœur s’est mis à frémir, mes genoux à trembler, mes pieds à me chatouiller. Mes oreilles en alerte, le cou tendu, le nez en l’air, mes yeux ont commencé à s’agiter dans tous les sens pour trouver la cause de ce séisme intérieur. Mais ce ne sont pas mes yeux qui m’ont guidé jusqu’à l’épicentre !

Il y a comme un effluve qui est venu m'arracher le cœur, quelques chose de semblable à ces filets colorés qui représentaient les odeurs dans les dessins animés de notre enfance, c'était bleU turQuOise, roSe bOnBon, veRt hErbe.


Cette courbe arc-en-ciel est venue m'agripper de toutes ses forces, un appel irrésistible, impossible de ne pas y répondre même avec toute la bonne volonté du monde, c'était plus fort moi, plus fort que tout!

Dans ma tentative de rester les deux pieds sur terre, j'ai pu distinguer un saxophone alto, fier et doré, supporté par un Mulato au sourire sucré, des timbales posées sagement sur ce sol illuminé, l'air espiègle, jalousant le sax qui - pour quelques secondes - accaparait leur maître, un micro, droit comme un chef d'orchestre, et puis un guitariste tranquille et doux.


C'est alors que j'ai compris ; cette vague acidulée qui m'avait enveloppée s'est soudain transformée en une farandole de
crOcHes, de cléS de SoL, de rOndes, de SoUpiRs, de DieZ, de deMis tonS qui venaient me chatouiller les guiboles et me tirer les zygomatiques : la musique appelait mon corps!

Toute tentative de résister eut alors été bien vaine.

La pomme tombera toujours sur la tête d'Isaac, la danse relèvera toujours la gitane.




Définitions soigneusement sélectionnées…

Danser : (verbe transitif et intransitif) Mouvoir son corps suivant les règles de la danse* (1)

*Danse :

- Générique : Enchaînement de pas et de mouvements du corps effectués en rythme sur une musique, (2)

- Physique : le corps humain libérant de l'énergie à travers des réponses musculaires aux stimuli du cerveau, le mouvement et l'énergie organisée étant l'essence de la danse, (3)

- Psychologique : impliquant des expériences cognitives et émotionnelles, affectées par la vie personnelle et collective d'un individu, et l'affectant à son tour, (3)

- Communicatif : par "le langage du corps", la danse étant un instrument physique ou un symbole permettant d'exprimer des sentiments et des pensées; les mouvements corporels devenant des symboles que les membres de la société comprennent et dont le but est de représenter des expériences du monde extérieur et psychique. (3)



L’enVoL

Danser ne s’apprend pas.

Une chorégraphie s’apprend, effectuer un ou plusieurs tours sur soi-même le regard fixe et sans ciller, écouter et comprendre la musique s’apprend, mais danser non.

La danse est à l’Homme ce que le vol est à l’Oiseau, nos jambes sont nos ailes ; la clave mi gente ! Ne pensez pas que cette phrase est « gnangnan », répétez-là deux-trois fois, visualisez-la, sentez-la ! Sérieusement…

La clé ? Laisser deux croches se glisser sous chacune de nos aisselles et servir de béquilles à nos inhibitions. La danse se conjugue aux verbes être et suivre : je SUIS la musique. Fermer les yeux et laisser son cœur battre à compas, laisser le « Duende » nous prendre par la main et nous élever. Assis, debout, couché, à genoux ; bouger ! Remuer, tourbillonner, sauter, trembloter, onduler…

« Ne forçons point notre talent, nous ne ferions rien avec grâce » dit Jean de la Fontaine.

Je ne suis pas danseuse, mais je danse, sur le quai du métro ou bien sur ma chaise pour narguer la frustration. Sur la piste, chaque danse est une PASSION qui débute quand nos pieds commencent à se tortiller, faisant un pied de nez aux pieds de la chaise qui supporte le poids de nos pitreries. Elle se termine lorsque toute trace de mouvement a définitivement abandonné notre esprit alors apaisé, parfois longtemps après que la musique se soit tue… Ca fait beaucoup de pieds tout ça non ? Oui et pour cause, les jambes nous démangent !

La gitane se lève, s’avance, relève la tête, étire son buste ; elle est prête pour le décollage. Elle rentre dans la danse, une main s’échappe et s’élève telle une fusée - un claquement de doigt, un clin d’œil, un rictus de félicité - et elle retombe avec la grâce d’une feuille d’automne. La petite moue se transforme en un large sourire qui fait briller les yeux de la gitane. Pudique, elle détourne le regard et le dissimule sous un flOt de loNgS cheVeUx nOiRs et bOucléS qu’elle fait tournoyer avec malice. Un parfum acidulé aux notes boisées s’échappe de cette crinière folle et s’en va l’enlacer par la taille. S’ensuit alors un de ces déhanchés qui laisse le menton de ces messieurs cloué au parquet, ay Dios !


Des « O », des « 8 », des « M », des pauses pour y mettre son grain de sel et pimenter sa recette, anda gitana, cadera, cadera ! Elle s’oublie impunément, il n’y a plus ni points cardinaux ni fuseaux horaires, elle s’élève, prend son envol, elle ne sent plus ses jambes qui flottent dans une bulle d’allégresse, elle EST musique. Complice de cette dernière ou de son partenaire, ses pieds ne la trahiront pas, ils claqueront en rythme ou à contretemps, et aucun de leurs dérapages ne saura être disgracieux, le commun de mortel croira au contraire qu’il s’agissait d’une entourloupe de manouche. La belle a ensorcelé la piste…

La gitane luit,

La gitane vit,

La gitane vole,

Le public s’affole…

Levez-vous messieurs, tendez-moi votre main, ne me séduisez pas : dansez moi !


« (…)

Elles sont peut-être les folles de Nevers ou de Séville,
Des bracelets qui farandolent, des boucles d'oreilles qui sourient,
A une robe de gitane, une gitane que l'on rencontre,
Sur une scène à macadam, une histoire que l'on raconte,
La musique c'est elle et la fête fait son entrée,

Almarita danse, chante, pour les gitans,
Et que ton cœur vole au vent, ton âme en caravane,
(…) »

La Rue Kétanou, « Almarita », Y’a des cigales dans la fourmilière.


« (…)

Elle danse, elle danse comme une flamme, une cavalière du vent
Sur les chemins des caravanes qu’elle brimbale dans son sang
[…]
Ma ballerine sans chaussures
Ma cavalcade, mon bout du monde
Ma bohémienne, ma filature
Je l’accompagne vagabonde
Avec mes chansons incendiées
Qui brûlent toute ma voix
Quand je ne pourrais plus chanter
La musique s’éteindra pas

(…) »

Florent Vintrigner, « La cavalière du vent », L’Homme préhistorique.




De Flamenco et de Duende

Je ne l’ai pas appris dans les livres, ni vérifié sur la toile, ce que je vais vous livrer m’a été transmis, et comme toute transmission ésotérique (qui l’eut cru, j’ai réussi à le replacer !!), c’est fait de légendes et de « on-dit » parfois un peu vagues, pas très précis, mais complètement ressentis. A prendre ou à laisser voici un condensé de ce que mes mentors gitanes ont gravé dans mon cœur et taillé dans mes pieds à la sauce gitAnne junior !

Et si je commençais par vous présenter notre ami « duende » ?

Le duende ?

Le duende…

Mais qu’est-ce donc que cette chose ? Ce phénomène ? Ce… personnage ?

« Duende » est le genre de mot que l’on emploie pour nommer l’innommable, pour baptiser un mystère qu’on ne saurait décrire avec mille mots.

C’est un peu comme « truc » ou « Dieu » ! Ha !

Tiens, si on mettait une majuscule à Duende ?

Le Duende pourrait être cet effluve arc-en-ciel que je décris dans l’Appel ou les « béqui-croches » de l’Envol. Le Duende c’est ce « truc » qui vous éjecte sur une autre planète, le Dieu des danseurs !

En flamenco on dit « hay Duende » quand danse, guitare, chant, cajon* et palmas* se réunissent sur le point G de l’assemblée jusqu’à l’en faire chialer ! La gitane « lleva Duende » lorsqu’aux seules frappes de ses talons dorés et aux cliquetis de ses doigts affutés, elle embarque musiciens et spectateurs sur les chemins d’une orgie collective assumée.

A bien y réfléchir, le Duende est comme un petit lutin qui viendrait nous prendre TOUS par la main pour nous emmener à la découverte des mots chaleur, bonheur, piquant, mordant, magie, féérie, excitation, exaltation, transe, jouissance…

Vous ferai-je l’affront de préciser et mentionner, mine de rien et de crayon, que Duende signifie précisément… lutin, en espagnol ?!

Le Flamenco, quant à lui, est un sacré vilain, tant est si bien qu’on l’adule, le vénère, le désire.

Je ne peux pas parler de danse flamenca sans parler de musique. Je vous conterai pour me justifier que parfois, sur une heure de cours ma chère prof Maria en utilisait les trois quarts pour nous apprendre à ECOUTER la musique, à comprendre le compas (rythme) de chaque palo (type de flamenco), en d’autres termes, à apprivoiser le Duende cette petite créature maligne et fugace.

Sevillanas, Bulerias, Alegrias, Tangos, Tientos, Fandangos, Soleas, Siguirias, Zambras et j’en passe… A trois, quatre, six ou douze temps, évoquant tantôt la fête, la joie, le deuil, la tristesse, ou l’amour, le flamenco est une source intarissable de sentiments brûlants. Et techniquement, c’est un sacré défis !


Le pied : léger mais plaqué au sol,

Les genoux : suffisamment fléchis pour amortir le choc des taconeos sans pour autant nous ratatiner,

Les hanches : souples malgré la tension des gambettes,

Le ventre : allongé, étiré par un fil imaginaire,

La poitrine : pointée vers les cieux, « c’est moi qui ai la plus belle », « c’est moi qui ai la plus généreuse ». Une gitane Sévillane m’a confié qu’on avait une source de lumière au creux de celle-ci et qu’il fallait s’ouvrir pour qu’elle se répande et se diffuse abondamment.

Les épaules : tranquilles, détendues, en bas !

Les coudes : maîtres du trio épaules-coudes-mains, ce sont eux qui ouvrent la voie, en haut !

Les poignets : doux,

Les doigts : tendus, écartés, disciplinés,

Le cou : prolongation du fil imaginaire,

Le menton : en l’air,

La langue : qui bat DISCRETEMENT les contre-temps

Les yeux : perspicaces et efficaces !

Le plus dur n’est même pas de penser à tout ça, c’est de l’oublier et de DANSER : « Lâche-toi ma fille – me disait une autre bohémienne - peu importe les pas et le mouvement de tes bras tant que tu restes à compas, ouvre-moi tout ça, grandis-toi, sois fière et heureuse, les seins en l’air et le cul en arrière, écoute la guitare et joue-toi de son chant, c’est toi qui règne, oublie les qu’en dira-t-on et les murmures envieux et frustrés, c’est toi la plus belle, laisse le Duende de kidnapper ! »

Il m’est arrivé, à de très rares occasions, à force de trébucher et de me relever le cœur vaillant, le cœur ardant, de me laisser prendre en otage de plein gré.

Le flamenco est devenu mon héroïne, martyr de mon addiction, complice de mes extases, je n’aspire plus qu’au flash !






De salsa et d’AzUcar

Si elle ne me mange pas à sa sauce, c’est moi qui la cuisine à feux doux ou à chaudes braises ! Salsa, sauce en espagnol…

Cette danse des caraïbes me rend dingue, hystérique, complètement allumée ! Avant de la danser, je la croyais hautaine et présomptueuse, et rien que pour ça je n’avais aucune envie d’aller la défier. Je me sentais au-dessus de tant d’artifices et de « m’as-tu vu ».

Mais cette garce est venue me provoquer et sous mes airs de poupée docile de bonne famille, je suis un volcan assoupi qui n’attend que le frottement des plaques électriques pour se mettre en fusion. Si tu me cherches, tu me trouves, canaille !

Le duel a duré quelque bonnes semaines, plus elle me titillait, plus je fonçais. Je me suis jetée dans l’arène sans préparation ni garde rapprochée, prête à lutter bec et ongles contre le défit qu’elle m’avait lancé. Ah oui, tu veux que je tourne et que je cambre sans perdre boule, tu veux que je te suive sans trébucher et que je te sublime sans broncher ? Mes pieds se sont emmêlés, la clave a verrouillé mes tours et ma bouille s’est grisée…

Et un jour, le crapaud c’est transformé en princesse ! La salsa en avait finit de moi, ma persévérance avait gagné sa confiance, et quelle récompense… Elle était venue me chercher dans la rue, et m’avait façonnée à son gré sans autoriser quelconque gringo me l’enseigner.

La salsa est une gitane car elle m’a ensorcelée.

Je suis bien incapable de nommer les passes qui me font voler et je ne sais plus compter. Pas plus que je ne saurais danser avec un « touriste » bien attentionnée qui a pris des cours pendant plusieurs années sans jamais essayer de comprendre les paroles de notre idole. Seuls les fous et les natifs savent l’apprivoiser ! Ferme les yeux, ouvre les oreilles, écoutes et sens la musique, écoute et sens ton partenaire. La salsa est une vraie coquine, tantôt espiègle, tantôt présomptueuse, mais lorsque tu sais l’apprivoiser, c’est dans une sauce sucrée aromatisée douceur et sensualité que tu te délectes.

AzUcar ! Agua ! S’exclament nos frères Cubains lorsque la belle est domptée.





La pAnne

Je croyais que j’en avais fini, mais que nenni !

Les mots dansent dans ma tête, sur ma bicyclette, sous ma couette et j’empiète sur mes heures de bureau ou de dodo pour ne pas les laisser filer.

Les mots sont d’ailleurs, à ce moment précis, mon lot de consolation car si certains ont le syndrome de la page blanche, moi j’ai eu celui de la piste noire… Oui, oui, celles où on se casse la margoulette avec des genres de grandes patinettes aux pieds, sauf que moi j’avais mes talons cloutés, et en guise de piste, de grandes planches marronnasses écorchées.

Cela faisait plus de deux mois que je répétais, appliquée et inlassable, mon zapateo de solea por buleria les bras croisés dans le dos et « à ciega ». Ciega venant de ciego, aveugle. Les bras CROISES DANS LE DOS, et les yeux grands ouverts mais qui ne voyaient rien d’autre qu’un espèce de flou immaculé, résultat d’une concentration intense et d’un effort physique non négligeable.

Et voilà que soudain on me somme de délier mes bras afin qu’ils accompagnassent mes pieds et que la combinaison des deux me fasse danser le flamenco !

Le résultat fut tout simplement dé-plo-rable ; alors que mes bras tentaient timidement de se dégourdir et d’amener de la grâce à l’exercice, mes pieds se dérobaient. L’enchainement de percussions pédestres si durement acquis s’en est allé en un revers de poignet et je me suis retrouvée paralysée ! J’avais récupéré mon acuité visuelle, et le reflet renvoyé par le miroir me terrorisait… Il n’y avait ni grâce, ni coordination, ni précision, et encore moins de la DANSE.

Je me suis mise à trembler, des larmes sont venues narguer mon rimmel, et mon corps tout entier m’a échappé, je nageais en pleine tempête, que dis-je, je coulais !

Et ce n’est pas tout ; bien que je la danse comme je respire, la salsa, aussi délicieuse soit-elle, n’en est pas moins mesquine. Il y a des jours où mes jambes me flagellent, mes hanches rouillent, mon sourire se coince et mes boucles se raidissent !

Seulement mes oreilles de musicienne ne me trahissent jamais, et ma conscience, toujours alerte, n’est que spectatrice désolée du drame qui est en train de se tramer.

Il y a des jours où le doute éteint ma musique, et mon corps est en panne…


Et Pourtant…

Grâce à la danse mon corps exprime ce que mon verbe ne pourra jamais traduire.

Je ne suis pas danseuse mais je danse.

Je ne suis pas écrivain mais j’écris.

Tout bonheur ou malheur doit être accouché pour exister, si on le garde à l’intérieur alors on aura toujours des petits bonheurs ou des petits malheur mais rien de transcendant, une vie rectiligne, régulière, sans soubresauts, sans saveur.

Mais mes mots ont leurs limites, et quand mon cerveau fatigue alors mon corps prend le relai et m’exprime !

Quand je danse, je me sens bien plus femme qu’enfant, je diffuse ma féminité sans retenue, j’en joue sans honte, un regard, un déhanché, un haussement d’épaule, un glissé de cheveux, je prends possession de la piste en laissant subtilement croire à mon cavalier que c’est lui qui mène la danse. La danse étant le langage du corps, je ne vois alors aucune indécence à m’affirmer avec celui-ci, la vulgarité n’existe pas, il n’y a que sensualité et subtilité, et la combinaison des deux me fait alors sentir au dessus de tout, un princesse gitane ; grande, belle, forte, femme !

Quand je danse j’eXplose ! Je Ris, je soUriS, je suis hEUrEUse !! Je vole, je tourne, TOURBILLONNE, ne sens jamais la douleur dans mes pieds parfois en sang et ne me fatigue que quand je m’assoie. Mon cœur bat la chamade comme quand je suis amoureuse, mes boyaux se tordent et me laissent toute chose, c’est un feu d’artifice intérieur, une jouissance quand chaque pirouette, chaque cambré ou taconeo tombe à la précision du millième de temps près sur la musique.

Danser est la seule et unique chose qui me rende un peu fière.

Aïe, que sais-je, je ne dirai pas « lève toi et marche », mais plutôt « lève toi et danse », (oui, encore un « gnangnantisme ») ! Mais il n’y a plus rien n’à dire, juste à danser…


Merci à l’3ammi Mo’ pour ses conseils bienveillants et pour m’avoir permis de partager prose et passion,

La gitAnne.

(1) Mediadico.com

(2) L’internaute encyclopédie

(3) http://www.ethnomusicologie.net/ladanse.htm



1 commentaire:

Anonyme a dit…

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